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Madatlas : vers une filière de formation en cartographie numérique à Madagascar

Projet collaboratif international porté par Sophie Moreau, enseignante chercheuse en géographie, Madatlas entend contribuer au développement économique et social de Madagascar. De quelle manière ? Par une approche originale et transversale axée sur la formation des étudiantes et étudiants de l’Université de Fianarantsoa à la cartographie numérique. Explications.


« Plein de nouveaux travaux ambitieux, des ateliers pédagogiques, des échanges avec la présidence et beaucoup de vice-présidents sur les différents campus, des projets de co-diplomation avec le master CMW, de rapprochement avec le master 2 IASIG soutenu par l’ENSG au Cameroun, une visite à l’incubateur d’entreprises de la Cité Descartes : la semaine a été aussi riche que sportive » lance Sophie Moreau, maître de conférences en géographie à l’Université Gustave Eiffel. Du 1er au 16 juin, l’établissement a accueilli une délégation de 13 enseignants-chercheurs malgaches. Lauréat de la 1re édition du « Partenariats avec l’Enseignement Supérieur Africain » (PEA)*, ce projet réunit depuis 2021 l’Université Gustave Eiffel, l’Université Bordeaux Montaigne et l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et l’Université de Fianarantsoa autour d’un objectif commun : monter une filière de formation (cursus LMD) en cartographie numérique appliquée à l’aménagement durable du territoire à Madagascar. Par le partage de leurs compétences en informatique, géomatique, géographie, urbanisme, transport ou télédétection, les quatre établissements entendent former les futurs professionnels de l’aménagement du territoire de l’île rouge. De nombreux enseignants-chercheurs et personnels d’appui administratif et technique de différents établissements et composantes de l’Université Gustave Eiffel sont impliqués dans ce projet international de formation et de recherche multidisciplinaire.

« Développer des cursus au service du développement du territoire et de l’insertion professionnelle des jeunes. »

« Madagascar manque d’informations cartographiques synthétiques et les données sont difficiles à recueillir » explique Sophie Moreau qui, depuis 2010, avec des collègues géographes malgaches et français, souhaitait initier un atlas de l’île (le dernier atlas papier datant de 1969). L’appel à projets PEA nous a offert une nouvelle opportunité, pour renouveler ce projet éditorial sous format numérique, en l’ancrant dans une action de formation et de recherche » raconte la « malgachologue » qui a soutenu sa thèse sur les liens entre la forêt et les paysans de Madagascar il y a plus de vingt ans. « Explosion du nombre d’étudiantes et d’étudiants, manque de moyens et de personnels, faible niveau de français… L’enseignement supérieur malgache connaît un fort taux d’échec dans les premières années universitaires, mais les écoles d’informatique et d’informatique appliquée, notamment à la géomatique à l’Université de Fianarantsoa, se distinguent par leur dynamisme et la qualité de leur formation, poursuit-elle. En formation initiale ou continue, les cursus développés dans Madatlas sont orientés sur des projets concrets au service du développement du territoire et de l’insertion professionnelle des jeunes, en particulier les femmes et les étudiants défavorisés ». La contribution des partenaires français intervient aussi au niveau administratif : « Nous accompagnons les enseignants-chercheurs malgaches sur les pratiques pédagogiques, les procédures de recrutement ou de conventions de stage, le montage des accords Erasmus, etc. »

Première formation issue de Madatlas, la licence 3 professionnelle Cartographie numérique et aménagement durable est accessible depuis la rentrée 2022. Actuellement suivie par une vingtaine d’étudiants géographes, dont plus d’une moitié de femmes et plus d’un tiers en formation continue, cette licence forme notamment à des outils tels qu’OpenStreetMap et QGIS, un logiciel de SIG (système d'information géographique) open-source. « La formation s’appuie autant que possible sur des ateliers et des cas pratiques avec par exemple la réalisation d’une cartographie de parcellaire auprès d’une exploitation agricole. » Un Master Informatique et Géomatique doit également s’ouvrir à la prochaine rentrée universitaire et huit thèses sont déjà engagées, deux en géographie et six en informatique appliquée à la cartographie. Elles portent par exemple sur le suivi de l’état des routes à partir de données géolocalisées, sur les risques de crues, sur les pratiques et les mobilités des femmes commerçantes…

Les actions de lutte contre les inégalités sociales et de genre soutenue par les partenaires de Madatlas sont elles aussi variées. Une charte pour l’équité sociale et de genre vient par exemple d’être adoptée à l’Université de Fianarantsoa, « une première pour l’université à Madagascar ». Une étude miroir sur les pratiques genrées et leurs cartographies est également en cours sur le campus de l’Université de Fianarantsoa et celui de Marne-la-Vallée. « Ce projet de production de données et de cartographie sensible vise à révéler les inégalités et les discriminations. »

Programmé jusqu’en 2026, Madatlas mise notamment sur des enseignements hybrides, des partenariats avec des acteurs privés et des co-diplomations afin de former un maximum d’étudiants, de favoriser leur insertion sur le marché du travail, d’accompagner la montée en compétences des enseignants-chercheurs malgaches et, pourquoi pas, de rayonner au-delà, en Afrique et dans l’océan Indien.

* financé par l’Agence française de développement (AFD) dans le cadre de la stratégie « Bienvenue en France » portée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et opérée par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et Campus France.

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