Les Alpes Maritimes, le Var, l’Hérault, le Gard, l’Aude… Nombre de départements ont subi ces dernières années d’importantes inondations suite aux crues soudaines de petits cours d’eau soumis à des pluies intenses. L’élaboration de systèmes d’anticipation et d’alerte relève d’une importance vitale face à ces phénomènes aux conséquences souvent dévastatrices, et risquant de se multiplier du fait du réchauffement climatique. C’est tout l’enjeu de PICS, projet initié en 2018 et financé par l’Agence Nationale de la Recherche. Sur la base d’un partenariat scientifique et technique (Université Gustave Eiffel, CCR, Cerema, CNRM, Géosciences Rennes, IGE, INRAE et SCHAPI), il a mobilisé aussi bien des météorologues, des hydrologues et des hydrauliciens que des économistes ou des sociologues.
« La décision de monter ce projet a été prise après la mise en service de Vigicrues Flash en 2017, précise Olivier Payrastre, directeur adjoint du Laboratoire Eau et Environnement et coordinateur scientifique de PICS. Des laboratoires interagissant déjà sur d’autres programmes de recherche tels que HyMeX, qui étudie les phénomènes extrêmes du cycle de l’eau dans les secteurs méditerranéens, ont rapidement identifié les limites de ce premier système d’avertissement. » Celles-ci tenaient essentiellement à une couverture partielle des petits cours d’eau, et à une faible capacité d’anticipation. « Le service fonctionne à partir de données pluviométriques observées. Il faut attendre que la pluie tombe pour qu’un avertissement soit émis, ce qui limite fortement l’anticipation de crues dont la formation est très rapide. » De plus, si Vigicrues Flash est à même de caractériser l’intensité du phénomène observé, il ne fournit pas d’informations sur ses potentiels impacts. Afin de pallier ces manques, les partenaires de PICS ont élaboré de nouveaux outils de prévision.
« Les résultats suscitent un intérêt certain de la part de collectivités qui cherchent à renforcer leurs capacités de gestion des crues soudaines. »
Après une sélection de quinze épisodes récents et une collecte de données descriptives détaillées de ces événements, des modèles numériques ont été appliqués pour décrire chaque phase de la formation d’une crue soudaine. « Le premier maillon est un modèle météorologique qui prévoit la localisation et l’intensité de la pluie attendue pour les 6 prochaines heures. Ensuite, un modèle hydrologique va montrer comment cette pluie atteint et s’écoule dans les cours d’eau. Enfin, un modèle hydraulique évalue l’étendue de la zone inondée par débordement des cours d’eau ainsi que la hauteur de l’eau et sa vitesse sur un maillage de territoire très fin. » À cela s’ajoute un modèle de vulnérabilité qui prend en compte les impacts socio-économiques de la crue. Une fois combinées, ces modélisations forment des chaines de prévision adaptées aux besoins spécifiques des professionnels de la gestion du risque (sécurité civile, assureurs, gestionnaires d’infrastructures…). Ces derniers ont d’ailleurs été associés à PICS tout au long du projet dans le cadre d’un groupe d’utilisateurs.
Ne restait plus qu’à évaluer les performances des chaines de prévision par rejeu des quinze évènements de référence. « Nous avons vérifié la capacité de nos modélisations numériques à décrire, par anticipation, un phénomène réel ainsi que la pertinence des informations produites. » À en croire les réactions qui ont accompagnées la présentation du bilan de PICS au Cerema Méditerranée, le résultat est plus que satisfaisant. « Les outils présentés suscitent un intérêt certain de la part de collectivités qui cherchent à renforcer leurs capacités de gestion des crues soudaines. Il est probable également que ces résultats contribueront aux améliorations futures de Vigicrues Flash. » Ils devraient par ailleurs accompagner des démarches non plus de prévision mais de prévention en matière d’aménagement du territoire ou d’assurance, par exemple.
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