De plus en plus d’équipes de recherche s’engagent dans des démarches de co-production de savoirs avec la société civile. La NASA ou le CNES s'appuient sur les astronomes amateurs pour cartographier le cosmos, le Muséum national d'histoire naturelle sur les ornithologues pour inventorier les populations d'oiseaux. Mais la participation des citoyens aux processus de recherche est bien plus diversifiée. Pour Évelyne Lhoste : « L’appel aux bénévoles, ou crowd sourcing, est la partie visible des recherches participatives mais pas la plus représentative de ses enjeux. La société civile doit pouvoir inventer le monde de demain avec les universités et les organisations de recherche. » Les associations de malades financent et orientent la recherche biomédicale. C’est un exemple parmi d’autres des activités du tiers-secteur de la recherche. Entre privé et public, il représente l’économie sociale et solidaire.
La trajectoire d'Evelyne Lhoste illustre une démarche d’ouverture de la recherche. Docteure en physiologie, cette chercheuse a quitté son laboratoire de biologie moléculaire pour devenir socio-anthropologue. Elle s’est d’abord intéressée aux Fab Lab et conduit actuellement des recherches avec des associations, dont des tiers-lieux. « Les tiers-lieux sont des espaces d'interaction entre sciences et société. Par exemple, un collectif d'habitants qui souhaiterait mesurer la pollution dans un quartier pourrait venir fabriquer des capteurs dans un fablab. À l'inverse, des chercheurs peuvent investir un tiers-lieu pour promouvoir la science, débattre avec des citoyens et faire des recherches qu’ils ne peuvent pas faire dans leur labo. »
« La société civile doit participer pleinement et ne plus être seulement consultée »
Le LISIS (Laboratoire Interdisciplinaire Sciences Innovations Sociétés), où travaille Evelyne Lhoste, est membre de l'Alliance Sciences Société qui réunit des institutions de recherche et des organisations du tiers-secteur de la recherche autour de l'enjeu des transitions écologiques et solidaires. « Depuis la Seconde Guerre mondiale, la société civile délègue à l’État, aux organisations de recherche, et aux grandes entreprises les choix socio-techniques. Avec la centralité des objectifs environnementaux et sociaux, le système est à revoir, la société civile doit participer aux politiques de recherche et d’innovation et ne plus être seulement consultée après coup. » C'est l'enjeu de l'appel à projets « Chercheur·e·s - Citoyen·ne·s » lancé en mars 2021. « Il y a parfois de la méfiance de la part des chercheurs qui ne sont pas habitués à travailler avec des associations. Les risques sont comparables aux projets de recherche partenariale. Il faut s’entendre sur les objectifs du projet, construire une confiance réciproque et établir des règles communes. Cela prend du temps. confie la pilote du comité d'évaluation de l'appel à projets. Les équipes de recherche et les collectifs du tiers-secteur qui ont répondu à l’appel de l’université ont réussi à dépasser ces écueils. Je suis impatiente de voir les résultats des dix projets sélectionnés. »
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